Figuig, l'oasis-frontière !

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Des palmiers se dressent fièrement, élancés vers le ciel, embrassant son bleu et poursuivant leur ascension. Ils sont l’emblème de la générosité, de la noblesse et de l’ancienneté. Sous leurs cimes couronnées de palmes que bercent les brises du désert court un secret : l’eau, origine de l’existence, inspiratrice de l’art et de la beauté. Le désert s’est plaint à l’homme ; celui-ci a fait couler l’eau avec douceur à travers ses seguias, l’a rassemblée dans ses bassins, et l’a fait surgir en cultures, palmiers et oliviers. Ainsi Figuig est-elle devenue un paradis au cœur du désert — un don de l’eau et des sources.

Un peu d’histoire

À l’extrême sud-est du Royaume, à 900 mètres d’altitude, Figuig est un petit miracle surgi au milieu du désert, à moins de huit kilomètres de la ville algérienne de Beni Ounif. Ses origines remonteraient au chérif idrisside Abderrahmane ibn Ali El-Oudghiri, réfugié dans la région après la chute des Idrissides en 926. Peuplée de tribus amazighes zénètes et sanhadja puis de tribus arabes hilaliennes, la ville atteint son apogée aux XVe-XVIe siècles avec l’édification du ksar El-Maïz et de la zaouïa Sidi Abdeljebbar, immense centre d’enseignement surnommé la « petite Qaraouiyine », qui accueillit des étudiants de tout le monde arabe jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Toutes les grandes dynasties marocaines ont mesuré l’importance stratégique de l’oasis : Idrissides, Almoravides, Almohades — qui en firent la principale route caravanière vers le Soudan —, Mérinides, Saadiens, puis souverains alaouites, de Moulay Mohammed ben Chérif à Moulay Ismaïl. Étape obligée des caravanes transsahariennes et des pèlerins venus du Tafilalet, du Sahara et de Marrakech, Figuig fut aussi une ville de commerce et d’artisanat renommée — poterie, travail du fer et du cuir, et surtout un tissage si fin qu’on le disait comparable à la soie, exporté jusqu’en Égypte et au Hedjaz.

Figuig fut, de longue date, un foyer de vie juive lettrée, intégré aux réseaux intellectuels et commerçants de l’oasis, avec des communautés installées dans des quartiers particuliers au sein des ksour jusque dans les années 1960. Pendant la Seconde Guerre mondiale, un rabbin affilié à la communauté de Figuig assurait le service religieux des prisonniers juifs européens internés au camp de Berguent (aujourd’hui Aïn Béni Mathar), aux côtés de rabbins d’Oranie et de Debdou — un fil de mémoire qui relie directement Figuig à l’histoire de Dar Sbylia et du Mellah de Debdou.

Avec le protectorat français, les colons venus exploiter les mines de la région édifièrent en 1917 l’église Saint-Denis, lieu de culte chrétien pour la communauté française de Figuig et de Beni Ounif jusqu’en 1956 ; le bâtiment abrite aujourd’hui un bureau du ministère de la Culture.

Aujourd’hui candidate à une inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, Figuig reste fidèle à son architecture de terre et à son système hydraulique ancestral, tout en restant activement connectée à sa diaspora.

L'eau secret de l'oasis

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Rien n’existerait ici sans l’eau. Une trentaine de sources, aux débits allant de 0,6 à plus de 60 litres par seconde, alimentent un système hydraulique unique au Maroc : environ 110 km de foggaras et de seguias, dont la plus importante — celle de Tzadert — fournit à elle seule plus de 40 % de l’eau de l’oasis. Un tunnel souterrain d’environ 80 mètres, creusé dans la roche argileuse et calcaire, conduit l’eau jusqu’à la surface en petites cascades.

L’unité de mesure locale, la « kharrouba », organise depuis des siècles un partage rigoureux de l’eau entre quartiers : chaque part en bénéficie douze heures durant, selon une rotation qui revient tous les quinze jours, de jour comme de nuit. Autour des sources chaudes (30°C et plus), les Figuiguiens ont aménagé des bassins et des bains publics, les « Bahbouhat al-Ma » — espaces de détente et de toilette où l’eau rafraîchissait les corps et les âmes.

Les sept ksour

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Zenaga, Loudaghir et les autres ksour de Figuig furent bâtis comme des forteresses, sur le tracé naturel de l’écoulement des eaux, entourées de murailles et de portes fortifiées contre les attaques venues des ksour rivaux ou des nomades en période de disette. Le ksar constituait une unité sociale et politique à part entière, soudée moins par l’origine ou la confession que par la gestion commune — et souvent disputée — des ressources en eau.

Le ksar de Zenaga, le plus vaste et le plus peuplé, conserve encore deux rochers utilisés pour la fabrication de poudre à canon, activité qui valut autrefois à la région le surnom de « pays de la poudre ». Au ksar Loudaghir se dresse le minaret de pierre, chef-d’œuvre attribué à l’époque mérinide (XIIIe-XIVe siècle) : environ 13 000 plaques calcaires alternées avec de la terre jaune, une base carrée devenant octogonale à cinq mètres de hauteur, pour un total de 19 mètres — une prouesse architecturale rare dans la région.

Gravures et peintures rupestres

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À une douzaine de kilomètres de Figuig, sur les roches noires de Haytem dominant la plaine de Sarfine, l’homme préhistorique a gravé les animaux — aujourd’hui disparus de la région — qui peuplaient alors ces terres, aux côtés d’une tombe antérieure à l’islam qui semble veiller sur le site. Dans la région de Rkiza, sur le chemin montagneux vers Chafa, une petite grotte d’érosion conserve des peintures rouges — lignes, formes géométriques, figures animales et lettres libyques — réalisées au doigt à partir de manganèse et d’ocre, et datées de 2 000 à 3 000 ans. Un témoignage rarissime : les sites de peinture rupestre sont beaucoup plus rares au Maroc que les gravures.

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